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lotfi nasser





Mannelijk
Algerije

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Sep. 20
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lotfi devrait travailler
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Vrijgezel
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Hetero
Etniciteit:
Overige
Lengte:
1m 70cm
Lichaamstype:
Gemiddeld
Religie:
Overige
Sterrenbeeld:
Maagd
Roken:
No
Drinken:
No
Opleidingsniveau:
Master graad
Beroep:
D.E.U. Médical
Woonplaats:
ALGERIE..DZ





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L'Aurès, habité dès la nuit des temps et, à partir du néolithique, par une population de type capsien (du nom de Gafsa, là où ce type physique fut localisé pour la première fois; comme on dit de l'Atérien ou Levalloisien, etc.).

L'Aurès recèle des restes humains de type capsien du djebel Fortass (nord d'Aïn M'lila) au djebel Refaa (monts du Belezma), mais également dans différents endroits reconnaissables aux amas, des sortes de collines faites de coquillages, notamment d'escargots, que l'on appelle en arabe " ramadhiates " (cendrières) et escargotières en français. Ces habitations préhistoriques se trouvent en grandes quantités en dur dans les plaines, lacustres dans les régions des lacs et troglodytes dans les grottes et falaises (d'où le mot : Afri - Ifri- Ifren, qui a donné Africa. Nom qui sera donné par les Romains au nord tunisien puis étendu ensuite à tout le continent).

Le type capsien, qui s'étendra d'Est en Ouest à travers toute l'Afrique du nord, en suivant les hautes plaines et l'Atlas saharien, est reconnaissable à ses traits fins, sa haute stature, à son crâne dolychocéphale (visage et tête allongés). Il sera souvent distingué par les anthropologues de son compatriote l'Ibéro-maurusien, lui, qui aurait de tout temps habité grosso modo l'Atlas Tellien et reconnaissable à certains traits physiques : brachycéphale, c'est-à-dire face large ou ronde, taille moyenne ou petite, costaud, râblais.

Dans les vastes et riches plaines du Nord, de N'gaous (Nicivus) à Baghaï, l'Aurès fut le berceau de la célèbre dynastie des Massyles. Comme il fut la région qui constituera le noyau de la future Numidie. Enfin, celui qui donnera naissance au grand Agellid Massinissa.
Et pour témoigner de leur origine et marquer leur attachement à cette région, les Massyles élèveront un tombeau royal au IIIè siècle avant notre ère. C'est le fameux Imedghassen, entre Aïn Yagout et El Madher au nord de Batna. Monument qui sera le génie propre de la population locale. Comme ils élèveront un monument à Massinissa à El Khroub. Il est à noter que ce même genre de construction (Imedghassen) se trouvera renouvelé au IIè siècle avant notre ère à Tipasa. Rappelons que ce type de sépulture persistera bien au-delà, jusqu'au VIe siècle de notre ère, avec les Djeddars des environs de Tiaret ou le mausolée de Tin Hinan découvert dans le Hoggar au XIXè s…

  • Romains -146 / 435

Tel que défini l'Aurès restera indépendant jusqu'au 2è siècle ap. J.C. Il ne subira l'influence phénicienne qu'au travers de quelques apports religieux et économiques, transmis par l'élite autochtone. Rappelons que le mot " chaoui " n'existait pas encore. Ce sont les Arabes qui, à la vue d'immense troupeaux de moutons et à la transhumance de certaines tribus, leur donneront ce nom à partir du XIè siècle. Mais, pour une plus simple commodité, nous emploierons ce mot chaoui malgré sa connotation péjorative.

Bien sûr, les Chaouis (donc!) aideront non seulement Massinissa à chasser les Phéniciens et à constituer un empire amazigh de Tripoli à la Moulouya. Mais également Yughurthen qui y trouvera refuge et renfort lorsqu'il se soulèvera contre la trop forte présence romaine (-112 / -105). De même qu'ils se rebelleront en l'an 6 contre Juba II (roi amazigh jugé trop inféodé aux Romains), comme ils appuieront la révolte des Musulames menée par Tacfarinas (+17 / +24) contre l'empereur Tibère...

En somme, les Chaouis quand ce n'est pas pour eux-mêmes, c'est par alliance ou par patriotisme qu'ils sont constamment amenés à lutter pour l'indépendance du pays.

Aussi, pour les contenir et les empêcher d'envahir les grandes cités du Nord, l'empereur Trajan, décide de les ceinturer dans leurs montagnes. Dès l'année 100 ap. J.C., la IIIè légion Augusta, parti de Theveste (Tebessa), conquière Bagai (Baghaï), Mascula (Khenchela) et se base une première fois à Thamugadi (Timgad) et quelques années plus tard à Lambæsis (Tazult). Cette ceinturation se poursuivra au IIè siècle, avec une autre légion romaine, la VIè Ferrata, qui traversera l'Aurès du Nord au Sud, notamment par la construction de la route de Thighanimine et la construction du pont d'El Kantara.

Enfin une autre ligne de fortifications partira toujours de Theveste plongera vers le Sud pour aboutir à Taberdga, Ad-Badias (Badis) Ad-Majores (Henchir Besseriani) et Vescera (Biskra). Ces places-fortes, ces postes avancés et autres remparts, constitueront le limes romain qui enserra les Aurès au Nord et au Sud et deviendra une sorte de " frontière " qui va d'est en ouest pour se perdre en Oranie.

Cette " pax romana " durera environ trois siècles au cours desquels l'Aurès ne fut ni totalement dominé ni outrageusement exploité comme certains ont voulu nous en persuader. Au contraire, il semblerait que non seulement les Chaouis aient gardé une certaine autonomie et que d'autres part, en participant comme troupes auxiliaires menés par leurs chefs ou comme légionnaires, ils aient maintenues ou participés à l'embellissement des villes existantes ou à celles qu'ils avaient créées, et que, de la sorte, ils aient contribué à la sédentarisation des populations semi-nomades de la région et par là-même à la propagation d'une certaine latinisation de l'élite locale. Rappelons pour mémoire que Timgad à son apogée compta une bibliothèque abritant dix milles volumes...

  • Insurrections, révoltes

Mais cette paix, sommes toutes relative, cette apparente prospérité n'empêche pas les Chaouis de participer à des révoltes s'ils ne les suscitent pas eux-mêmes comme on l'a dit plus haut.

C'est ainsi que :

  • 17 / 24, Tacfarinas, chef des nomades Musulames (amazighs de Souk Ahras - Tebessa et Tunisie), se soulève contre l'empiétement de son territoire par l'empire romain. Tacfarinas, enverra une lettre de défi et de protestation, message resté célèbre et qui provoquera une grande colère chez l'empereur Tibère. Mais sans l'aide des Chaouis et de leurs cousins les Gétules, nomades sahariens au sud de l'Aurès, Tacfarinas n'aurait jamais pu résister sept années durant contre les armées romaines.
  • 144 et 152, un soulèvement généralisé et sporadique touche toute l'Afrique du Nord, et n'épargnera pas l'Aurès, qui en paiera un lourd tribut. Car pour la première fois les troupes romaines pénétrèrent dans l'Aurès et y établissent des postes. Ce qui permit par la suite à la légion VIè Ferrata d'y construire de voies de communication nord-sud.
  • 253, l'insurrection de Faraxen qui, à la tête des cinq tribus (les Quinquegentiani et les Babares, originaires des Aurès, du sud et du Hodna) qui, une fois vaincues et Faraxen tué en 260, vont se réfugier aux Mons Ferratus (Djurdjura et donneront leur nom aux Babors actuels).
  • 270, révolte d'Aradion qui sera vaincu par Probus (lequel deviendra empereur de 276 à 282).
  • 289, une autre insurrection, autrement plus importante que la précédente, et qui n'en serait que le prolongement, durera huit ans et touchera la Kabylie, le Sahel et jusqu'au Hodna chaoui.
  • 313, Après de nombreux soulèvements, la Numidie qui était coupée en deux : la Numidie civile avec Cirta pour capitale au Nord et la Numidie militaire au Sud dont la capitale était Lambæsis (Tazult), furent réunifiées en une seule province ayant pour capitale Cirta qui reçut le nom de Constantine en l'honneur de l'empereur Constantin.
  • 371, Firmus, chef amazigh donatiste, se rebelle et s'empare de Cherchell, d'Alger mais échoue devant Tipasa. Après une paix éphémère signée en 373 avec Théodose, les hostilités reprennent mais trahis par les siens, y compris par son frère Gildon, Firmus préféra se donner la mort en 375 plutôt que de se rendre.
  • 393, Gildon, ce frère de Firmus et allié de Théodose, comme on vient de le voir, nommé comte d'Afrique en 386, son autorité s'étendait de la Libye au Maroc actuel, entre à son tour en dissidence. Dès 395, à la mort de Théodose, il cessa de collaborer avec le pouvoir central et, à partir de 396, il refusa d'envoyer l'annone (impôts en numéraire et surtout en biens : huile, céréales, etc.) vers Rome, menaçant ainsi de famine l'Italie. Si Gildon put mener longtemps sa résistance, c'est grâce à l'aide d'Optat de Timgad, évêque donatiste, qui fut son conseiller en même temps que l'âme de la résistance amazigh.

Arrêté, Optat de Timgad (à ne pas confondre avec l'autre Optat de Milev qui était acquis à l'Eglise de Rome) mourut en prison ; il fut honoré comme un martyr.

  • Donatisme 311 / 420

Jusque-là nous avons cité le mouvement religieux donatiste sans en donner d'explications. Le mouvement donatiste est un mouvement religieux, schismatique au sein de l'église chrétienne d'Afrique du Nord. En effet, certains évêques nord-africains, mécontents de la présence romaine, déçus de la corruption et de la collusion de l'Eglise officielle avec l'Empire, entrèrent donc en dissidence. Le fondateur de ce mouvement fut Donat, évêque de Baghaï (dont il était originaire), d'où le nom de donatisme donné à ce mouvement.

En même temps que le mécontentement d'une église autochtone, populaire et nationaliste, se développait un autre mécontentement social cette fois-ci, qui débouchera sur une jacquerie paysanne. En effet, à partir du IVè siècle, des paysans exploités et sans terre se révoltèrent et se mirent à envahir les riches domaines des Romains ou des Imazighen romanisés. Ce mouvement appelé la révolte des Circoncellions (c'est-à-dire " ceux qui rôdent autour des cellier " ) connut une vive répression entre 346 et 348. C'est ainsi que cette révolution paysanne va trouver un allié de poids dans le mouvement donatiste. Les donatistes, à l'instar des paysans, se rebellent contre l'autorité impériale et papale. Menés par Donat dès 311/14, les donatistes exigeaient une séparation de l'Eglise d'avec l'Empereur d'une part et l'autonomie de l'Eglise nord-africaine par rapport à l'Eglise de Rome d'autre part.

Vêtu d'une simple robe de laine, menant une vie pauvre et sobre, Donat, né à Baghaï comme on l'a dit, mena un rude combat contre l'Eglise romaine qu'il accusait de tous les maux. Quarante ans durant et jusqu'à sa mort en 355, il parcourra la Numidie et l'Aurès en particulier pour prêcher, former, organiser à la fois la résistance à la domination romaine mais également à la constitution d'une église authentiquement africaine.

Aidés par les Circoncellions, les donatistes combattent Optat, évêque conservateur de Milev (Mila, 315/386). Ils mettront à sac Baghaï qui, dès lors, sera la citadelle des donatistes et de tous les nationalistes insurgés. Le 12 février 405, le donatisme est assimilé à une hérésie et mis hors-la-loi, grâce à l'appui sans réserve de Saint Augustin, évêque d'Hippone 364/430 (que les donatistes qualifiaient de traître). En 420, sommé de quitter son église, Gaudentius, évêque donatiste de Timgad et opposant à Saint Augustin, menaça de s'immoler par le feu que d'abandonner sa basilique.

Profitant de ces contestations religieuses, économiques, paysannes, les Chaouis vont renforcer leur autonomie déjà grande et ériger des principautés plus ou moins vastes et importantes, dirigées par de rois dès le milieu du Vè siècle. On peut dire que dès ce moment-là, l'empire romain s'en allait à veau l'eau.

  • Vandales 435 / 533

Sur ces entrefaites, c'est-à-dire la révolte sociale (les Circoncellions), la révolte religieuse (les donatiste) et autonomie de nombreuses régions, vient se greffer l'invasion vandale en 435 qui va porter le coup fatal à la présence romaine en Afrique du Nord.

Mais, tant que les Vandales s'attaqueront à l'Eglise officielle romaine et à la présence romaine, les Chaouis ne bougeront pas et ne lèveront pas le petit doigt. Aussi le jour où les Vandales prétendirent imposer leur domination à l'Aurès, ils trouveront face à eux une révolte généralisée qui durera de 477 à 484 (sept ans) et qui s'achèvera par leur élimination de notre pays et la libération des villes de Baghaï, Khenchela, Meskiana, Tebessa...

  • Byzantins 533 / 647

Après être parvenus, grâce à l'aide des Numides, à chasser les Vandales, les Byzantins se retournèrent contre les Aurès. Solomon, général grec, après avoir vaincu Cutzinas, chef des Numides de Byzacène (Tunisie centrale, vers Kairouan) et s'en être fait son allié, se retourna contre Iabdas, roi de l'Aurès oriental.

Un mot sur les Byzantins : les Byzantins, sont originaires de Grèce qui, après la déchéance de Rome, vont " succéder " à l'empire romain en Afrique. Cependant moins bien organisés politiquement et militairement, ils ne s'imposeront jamais en Afrique du Nord et ne laisseront que peu de traces : ils seront souvent assimiler à des Romains dans l'esprit de la population locale qui ne voit dans tous ça que des " Roums ".

Ainsi très au fait des rivalités et querelles locales, Solomon ne s'engagea contre l'Aurès qu'en ayant au préalable obtenu la neutralité de Masuna, roi de la Maurétanie sétifienne (les Kutamas actuels) et d'Ortaïas, roi de l'Aurès occidental. Parvenu près de Baghaï, il campa ses troupes dans une vaste plaine. Iabdas, plutôt que de le combattre, préféra noyer son camp en ouvrant les digues de barrages situés vers Khenchela. Solomon, vaincu, dut s'en retourner à Carthage en 535.

En parlant de digues, nous avions évoqué la dernière fois tous les ouvrages hydrauliques entrepris par nos ancêtres pour garder l'eau, la conduire, l'entretenir pour éviter l'érosion, etc. Tous ces travaux de grande envergure nécessitaient moyens humains et financiers mais également volonté délibérée et collective pour des œuvres d'une telle ampleur. Hélas tous ces travaux seront abandonnés puis réduits à néant à partir du XIè siècle avec l'arrivée des Arabes Hilaliens, réduisant nos montagnes à des sierras mexicaines.

En 539, Solomon entreprend une seconde campagne contre l'Aurès. Il campa au bord de la rivière Abigas, Amigas selon d'autres (oued Bou Roughal, d'autres disent qu'il s'agirait d'Oued Taga, Oued Abdi ?) et l'affrontement eut lieu à Babosis, au sud de Baghaï (vers Taouziant?), Iabdas est vaincu. Les Byzantins razzièrent récolte et cheptel vers Timgad et poursuivirent Iabdas jusqu'à sa forteresse de Zerbula, sans pouvoir y pénétrer. Solomon parviendra cependant, à force d'acharnement, de corruption et après maints affrontements par saisir les biens du roi Iabdas entreposés à Toumar, laissés à la garde de vieillards, puis à Geminianus (Djemina).

Cependant la présence byzantine, contrairement à la domination romaine, n'est ni systématique, ni nombreuse ni aussi bien ordonnée. Peu à peu les Byzantins vont se cantonner dans les grandes villes du nord tunisien et de quelques villes importantes à l'intérieur et du littoral et, parallèlement à cela, ils occuperont certains postes névralgiques du limes romain, ainsi ils continueront à percevoir impôts et denrées à l'entrée des marchés. Pour le reste, le pays, comme à l'accoutumé, est livré à lui-même. Ainsi, comme on l'a déjà mentionné, des royaumes et des principautés amazighs se constituèrent, parfois alliés, parfois opposés aux Byzantins.

De ce point de vue une remarque s'impose : tous les envahisseurs eurent, à quelques nuances près, le même comportement : ils occupaient les principaux points névralgiques du pays : axes de communications et grandes villes importantes, se contentant de percevoir un impôt et négligeant totalement le reste du pays qui, lui, continuera à vivre en complète liberté (ou anarchie selon les uns).

C'est ainsi que l'Aurès occidental jusqu'au Hodna eut pour roi Mastias, lequel en 476, se proclama impérator, c'est-à-dire empereur des Numides et des Romains (entendez par là Byzantins et élites amazigh romanisées). A Mastias, qui régna quarante ans, succéda Ortaïas. C'est dans ce même Aurès Occidental que régnera plus tard Serkedid auquel succédera Koceila. Quant à l'Aurès oriental, nous avons vu que Iabdas, régna à peu près à la même époque que ses cousins Mastias et Ortaïas.

Une précision s'impose : Aurès oriental ou Aurès occidental ne sont qu'une commodité linguistique pour désigner une région qui fut pendant plus de deux siècles sous le commandement d'une même tribu. La royauté passant des Zénètes aux Louatas et vice-versa. De ces deux grandes confédérations sont issues les Musulames, les Gétules, les Aoureba, les Djéraoua, les Bavares (ou Babar), etc.

  • Gurzil, dieu amazigh de la guerre

Enfin, il est à noter que lors des grandes batailles où participent les grands chefs amazighs, une idole de pierre, représentant un taureau, et désignant le dieu Gurzil, dieu de la guerre, est menée à la tête des troupes. Cette pratique signalée dès le IVè sera remarquée par les Arabes lors de leurs affrontements contre la Kahina et jusqu'au XIè siècles où El Bekri rapporte ceci : ils (les Imazighen) offrent encore des sacrifices à une idole de pierre nommée Gurza.

  • Arabes 647 / 711

Après le court siècle (en fait 80 ans) vandale auquel succéda un bon siècle byzantin, les deux " dominations " n'auront que très peu marquée l'Afrique du Nord en général et l'Aurès en particulier. Au contraire, avec recul et bien plus tard, ce sont les cultures romaines et phéniciennes qui, dépassionnées, pénétreront, plus profondément dans le pays en s'intégrant ou en influençant la culture amazigh. Ceci semblant se faire sans complexe...

Comme si la culture amazigh, enfin libre et souveraine, sans contraintes ni menaces, assimilait en conscience et en connaissance de cause des notions qu'elle jugeait utiles à son épanouissement et à son ouverture sur l'universel.

L'Afrique du Nord, et les Aurès en particulier, hors quelques villes du littoral, est totalement autonome et, avec des fortunes diverses, poursuit une lente voie vers son indépendance politique et économique. On pourrait affirmer que nos ancêtres n'avaient aucune crainte des Byzantins, ce serait même par calcul qu'ils toléraient leur présence en certains endroits. En effet, pas plus au VIè siècle de notre ère qu'au temps des Carthaginois, y compris au temps de la splendeur de Massinissa, nos ancêtres n'avaient su équiper, forger, maintenir une véritable marine aussi bien marchande que militaire. Notre absence de la mer, et la maîtrise de celle-ci par des puissances étrangères, nous obligèrent toujours à recourir à autrui, et à en dépendre également pour nos échanges commerciaux.

En conclusion : une puissance " coloniale " byzantine déclinante, des Etats souverains en voie de constitution, des régions immenses échappant à tout contrôle, parfois quelques querelles entre roitelets locaux... Sur ces entrefaites arrivent les Musulmans en 647. C'est la première incursion de ces adversaires nouveaux venus de l'Orient. Après un bref affrontement en Byzacène, à Sufetula (Sbeïtla) en Tunisie, les Musulmans repartent avec un important butin.

En 660/663, nouvelle attaque des Musulmans contre la Byzacène et victoire de ces derniers à Hadrumète qui se replient cependant avec leur butin sur leur base arrière de Libye. De nouveau les Arabes repartent. Mais, à partir de 670, avec la fondation de Kairouan par Ocba Ibn Nafi, les Musulmans ne se contenteront plus de faire de brèves incursions-razzias. Ils vont se fixer à demeure et, grâce à cette base qui leur servira de point d'appui, ils vont entreprendre leur future conquête.

Dans sa soif de gloire et de pouvoir, mais également par avidité et par haine pour tout ce qui n'est pas arabe, Ocba, que l'on peut qualifier de précurseur des Bugeaud, Saint Arnaud et autres conquérants coloniaux de triste mémoire, va se déchaîner contre la Numidie et les Numides qui lui résistent. Et par sa tyrannie et sa cruauté, il commettra tellement d'atrocités et d'injustices qu'il sera rappelé en Orient. Hélas pour l'Afrique du Nord, il reviendra quelques années plus tard et entreprendra sa soi-disant chevauchée glorieuse qui l'aurait menée jusqu'à l'Atlantique, ce que des historiens réputés contestent : l'Atlantique de Ocba, ne serait qu'un port méditerranéen de l'Oranie...

S'étant frotté pour la première fois aux Chaouis et essuyant un échec à Baghaï, Ocba évitera les grandes places fortes des Aurès telles que Khenchela, Lambèse, etc., et se lancera par les grandes plaines vers l'Ouest. En tout état de cause, il traînera enchaînés derrière lui Koceila, roi amazigh de l'Aurès occidental et de la Maurétanie césarienne et Al Mohadjer, l'ex-gouverneur musulman, qui s'était montré modéré, juste et très correct envers ces nouveaux Musulmans, ces nouveaux convertis Byzantins et Numides.

A son retour, à Thubunae (Tobna vers Barika), Ocba divise ses troupes en deux, les plus nombreuses et les plus chargées en butins sont envoyées à l'Est en contournant les Aurès par le Nord, et lui-même, avec une faible troupe se dirige vers le Sud. Entre temps Koceila, qui a pu s'évader à l'approche des Aurès, organise la résistance et tua Ocba en 683 à la sortie de l'Oued el Abiod, au lieu-dit Tahouda, à cinq kilomètres de ce qui deviendra plus tard la ville de " Sidi Ocba ".

Dès lors Koceïla gouverna sagement la Numidie, sans persécution ni injustice envers les rares Arabes musulmans restés en Tunisie. Malheureusement Koceila est vaincu par de nouvelles troupes venues de l'Orient menées par Zohaïr Ibn Qaïs lors de la rencontre à Mems (près de Kairouan) en 686.

  • La Kahina

Après la mort de Koceïla en 686, les Musulmans vont affermir leurs positions en Tunisie. Et, à Zohaïr Ibn Qaïs, va succéder Hassan Ibn No'man el-Ghassani comme gouverneur. Ce dernier cherche à étendre la domination arabe et décide de se porter contre la Numidie orientale. Parallèlement à cela, dans les Aurès, " la Kahina " succède à Koceïla. La rencontre entre Arabes et Imazighen a lieu au Nord-Est de l'Aurès. Les Awrasiens, auxquels se rallient quelques troupes byzantines, rescapées à la déroute de leurs chefs, sont menés par leur reine Dihya, surnommée la Kahina, les Arabes sont battus et pourchassés jusqu'en Libye.

Réfugié en Libye, Hassan reçoit des renforts d'Orient en 695 grâce auxquels il reprend sa marche à l'Ouest et, en 698, il reprend Carthage. Pendant ce temps-là, voyant que les Arabes n'étaient attirés que par les richesses du pays, la Kahina va mener cinq ans durant une stratégie de la " terre brûlée ", qui, selon elle enlèverait tout mobile au retour des Arabes. Malheureusement cette politique dure, répressive, destructrice, va lui aliéner les populations urbaines, citadines, laborieuses qui n'approuvent pas cette " mentalité " nihiliste, propre aux nomades et semi-nomades.

En 702, La Kahina vole au secours de Tabarka (en Tunisie). Elle sera vaincue et poursuivi par les troupes arabes, musulmanes et tous ces nouveaux ralliés qui n'approuvaient pas toujours sa méthode. Une nouvelle rencontre eut lieu sur les bords de la Meskiana. Vaincue, la Kahina mourra en un endroit qui dès lors portera son nom " Bir el-Kahina ". Sa tête sera envoyée en trophée au Khalif.

A propos de la Kahina, il fut tant et tant écrit sur elle que l'on ne sait démêler le vrai du faux et du légendaire... On ne sait rien de son mari, ni par quels moyens elle accéda au pouvoir. Pas plus que l'on ne connaît son âge exact, sans parler de l'attitude ambiguë adoptée par elle envers Khaled Ibn Yazid, de la tribu des Qaïs... ce jeune Arabe qu'elle épargna et qu'elle " adopta ".

La Kahina, de son vrai nom Damya, selon les uns, Dihya, selon les autres, fille de Mellag selon les uns, de Tabet, fils d'Enfak selon d'autres, était la reine des Djeraoua, tribu chaouie de confession juive... selon Ibn Khaldoun. Son surnom de Kahina (prophétesse - devineresse) lui fut donné par les Arabes parce qu'elle avait le don de " deviner " ou de " prédire " l'avenir.

Il est à remarquer que des femmes " devineresses " ou " prophétesses " ont toujours existé dans la tradition amazigh. Pour mémoire : la mère à Massinissa, la mère à Saint Augustin (Muni selon les uns ou Monna selon d'autres, d'où Sainte Monique), Zineb l'épouse de Yusuf Ibn Tachfin, le fondateur de la dynastie almoravide, plusieurs autres princesses de cette même dynastie, la soeur d'Ibn Tumert, le fondateur de la dynastie almohade, etc. De nos jours encore, certaines vieilles personnes pratiquent l'incubation, c'est-à-dire qu'elles dorment sur la tombe d'un ancêtre qui leur apparaît dans leurs rêves, leur transmet un message qu'elles interprètent ensuite.

Enfin, dans la plus pure tradition de l'élite amazigh, la Kahina avant de succomber aurait conseillée à ses trois fils de se convertir à l'Islam. Seul moyen, selon elle, pour que le pouvoir resta aux mains de la même tribu, et dans la même famille...

  • Tarik : conquête de l'Espagne

En 705, Moussa ibn Noçaïr succède à Hassan Ibn No'man. Ce dernier laissa l'Aurès au pouvoir des fils de la Kahina et enrôla le reste des troupes amazighs avec Tarik à leur tête. Il partit à la conquête du Maroc jusqu'au Sous mais échoua devant Ceuta (Sebta). Tarik resta dans le Rif marocain et, en 711, avec 12 000 guerriers amazighs, accompagnés d'une poignée de tolbas musulmans, pour leur inculquer les rudiments de l'Islam, il franchit le détroit, qui dès lors portera son nom Djebel Tarik - " Gibraltar ", et défit les armées Wisigoths en Espagne.

La conquête de l'Espagne fut l'oeuvre des seules troupes amazighs, les Arabes n'en récoltèrent pas moins la gloire et le prestige ensuite. L'on raconte que Moussa prétendit qu'il fut le conquérant de l'Espagne et fera tout pour nuire à Tarik et l'humilier devant le khalif d'Orient. Tarik demandera à laver son honneur et, lorsque Moussa remettra la " table de Salomon ", paraît-il un chef d'oeuvre de table à douze pieds en or et en pierres précieuses, prise aux Wisigoths et à laquelle manquait un pied.

Tarik demanda où était le douzième pied manquant, Moussa prétendit qu'il le perdit au cours d'une bataille, à ce moment Tarik exhiba le douzième pied et fit le récit de toute l'histoire y compris les vexations et les brimades auxquelles le soumis Moussa.

Le Khalif aurait destitué Moussa, mais par contre l'histoire ne nous apprend plus rien sur Tarik. Fut-il exilé, assassiné ? On ne sait.

En résumé, avec la fin de la " Kahina ", et la conquête de l'Espagne, les Musulmans orientaux vont profiter de l'accalmie pour placer les leurs à tous les échelons du pouvoir, aussi bien en Afrique du Nord qu'en Espagne, les troupes amazigh de Tarik vont être placées aux marges de l'empire, sur des pitons rocheux ou des régions sauvages, pauvres et incultes (à peuple frugale - région frugale).

Les Imazighen serviront de remparts et de sentinelles de l'empire musulman face à la menace des chrétiens et pour permettre que des émirs Moyen-Orientaux puissent se prélasser dans la douce Andalousie, où les grandes plaines riches et les centres urbains seront répartis entre les émirs venus de Syrie et d'Arabie.


Etude sur La Toponymie Berbère
de la région de l'Aurès

En jetant successivement les yeux sur des cartes de différents pays, on ne tarde pas à remarquer que chaque région possède un type particulier de noms géographiques : c'est un phonétique spéciale, un ensemble de caractères communs, un rythme, qui les rendent facilement reconnaissables et leur donnent pour ainsi dire à tous un air de famille. Bien peu de ces noms s'offrent à notre esprit avec une signification; ce sont à proprement parler des noms propres, qui ne représentent rien en dehors de la localité particulièrement désignée. Cependant on ne peut nier qu'ils n'aient, au point de vue linguistique, une importance quelquefois très grande. Emanations directes d'un peuple, d'une race, ils en représentent intimement le génie au même titre que la langue elle-même, et souvent avec certains caractères archaïques que celle-ci a perdus. Toujours en voie de transformation, sujette de mille influences venant du dehors, la langue peut varier, dans une période relativement courte, de façon considérable, et cela sans que la race se soit sensiblement modifiée. Les noms géographiques, sans doute, changent eux aussi; mais on ne peut nier cependant qu'ils n'aient une fixité bien plus grande. Ce sont de véritables témoins du passé qui nous représentent un état de la langue plus ou moins ancien.

Il est d'autres circonstances où ils deviennent plus précieux encore. A la suite de certaines invasions, le peuple conquis peut être réduit ou absorbé, sa langue disparaître ou tomber dans l'oubli : or le conquérant n'apporte généralement dans les lieux où il s'établit qu'un petit nombre de dénominations nouvelles; la grande masse des désignations anciennes subsiste, plus ou moins modifiée, pour s'adapter au génie des vainqueurs, et les radicaux de la langue primitive, dont ils sont quelquefois les seuls documents, ne tardent pas à se révéler aux yeux de l'observateur. Il n'en est pas ainsi quand une dénomination artificielle est imposée par ordre de l'autorité, comme on le voit journellement en Algérie où, sous l'empire d'un sentiment plus patriotique qu'éclairé, les noms de Richelieu, Pasteur, Fort Lallemand et combien d'autres, ont été substitués à ceux beaucoup plus africains de Ghumerian , Seriana et Hassi Belh'eiran. Mais il faut avouer qu'on trouve peu d'exemples de semblables transformations dans l'histoire. Telle n'était pas, notamment, la coutume des Romains, à part de très rares exceptions : Constantine, par exemple substitué à Cirta, ou encore l'épithète Caesarea adjointe à Yol. La désignation des localités n'est jamais affaire de mode ni d'arbitraire.

Nul doute qu'à l'origine les noms propres aient tous eu leur signification. Robinson arrivant dans une île qu'il ne connaît pas ne saurait en désigner les différentes parties que par des noms communs, rappelant le plus souvent une particularité locale. Or il arrive chez les peuples primitifs qu'à la suite d'un usage continuel, le sens des noms géographiques tend à perdre tous ses caractères généraux et communs pour se particulariser de plus en plus, s'identifier pour ainsi dire avec l'objet spécial et unique que ces noms déterminent, en dehors duquel ils ne représentent bientôt plus rien. Comme nous l'avons remarqué ci-dessus, ils acquièrent une fixité plus grande, et l'idiome national changeant par la suite, le souvenir de leur sens primitif finit quelquefois par se perdre complètement.

Sans doute, il est fort difficile de déterminer actuellement quelle a été la signification première de la plupart de nos termes géographiques, tels que Nièvre, Alpes, Garonne, etc. Nous avons affaire ici à tant d'idiomes superposés qui ont tellement varié dans le cours des siècles, que la critique la plus rigoureuse, à défaut d'autre guide, serait impuissante à découvrir la vérité. Mais il n'en est pas de même pour les langues sémitiques et en particulier, chose bizarre, pour les idiomes vulgaires. Ceux-ci n'ont point subi d'évolutions analogues à celles de nos langues européennes si précises et si perfectionnées. Ils ont traversés les siècles sans éprouver les atteintes du temps, immuables comme les populations qui les parlent, et sont encore aujourd'hui dans leurs parties essentielles tels que nous les montrent les plus anciens documents laissés par l'antiquité. C'est ainsi que l'historien sémitiques a pu dire sans exagération qu'un sémite du temps d'Abraham mis en présence d'un bédouin de nos jours pourrait se faire comprendre de lui, le fond du langage étant resté le même.

Ce qui est vrai de l'arabe l'est aussi du berbère. Entre les dialectes des Zenaga, descendants des nomades Sanhadjiens et ceux des montagnards de la Kabylie; entre le chelh'a du Sous et le Chaouïa de l'Aurès, il y a moins de différences qu'entre le français et l'espagnol, par exemple, qui sont toutes deux des langues latines de formation récente; ou, si l'on veut, infiniment moins qu'entre le patois picard et le provençal. Du Nil à l'Océan, c'est une même grammaire; un même vocabulaire : les lois de la phonétique et les permutations de consonnes étant rigoureusement déterminées, on peut d'un dialecte à l'autre sans secousse, par une série de transitions insensibles. Or, comme nous sommes en présence de populations qui, depuis des milliers d'années, ont eu peu de point de rapports entre elles et n'ont pu exercer aucune influence les unes sur les autres, il faut en conclure : ou bien que la langue est restée la même depuis une assez haute antiquité, ou bien que ces idiomes ayant changé, ils ont évolué d'une manière parallèle. Cette seconde hypothèse est difficile à admettre pour une aussi grande étendue de pays, présentant des contrastes frappant dans la configuration du sol, et des conditions climatologiques si diverses. Nous en concluons donc que le berbère, comme l'arabe vulgaire, -deux langues qui ne s'écrivent pas,- a subi peu de modifications dans le cours des siècles. Nous faisons abstraction, bien entendu, de l'influence exercée sur lui par l'islamisme dans les temps modernes.

Ces préliminaires admis, il est évident qu'une étude attentive des noms géographiques de l'Afrique du Nord doit conduire à quelques résultats. Sans doute, tout n'est pas explicable, et bien des termes resteront obscurs. Et puis le champ de l'hypothèse est si vaste et les erreurs étymologiques sont quelquefois si vraisemblables, qu'il est bien difficile de les éviter entièrement. Nous n'avons pas ici l'intention de mener à bien un pareil travail, mais simplement d'en tracer une rapide esquisse en ce qui concerne la région de l'Aurès qu'il nous a été donné de parcourir pendant deux années. Cette région a été jusqu'ici peu étudiée, sans doute en raison de son éloignement et de la difficulté des communications. C'est cependant une des plus intéressantes de l'Afrique du Nord, tant par les souvenirs historiques dont elle pleine, que par le caractère nettement berbère de ses habitants et de la langue en usage.

Nous constatons, à la première inspection de la carte, que les noms français n'ont pas encore fait leur apparition. Les quelques vocables qui aient acquis une certaine notoriété dans notre langue tels que Batna, Khenchela, Biskra, ne sont que la reproduction exacte de vocables indigènes. nous nous trouvons donc en présence d'une masse de noms bien africains, dont il s'agit de rechercher l'origine.

Un petit nombre sont purement arabes et facilement reconnaissables. Ainsi : El-Kantara (le pont) ; Djebel Ah'mar Khaddou (la montagne -a- sa joue rouge); Beni Bou Slimane (les fils d'Abou Slimane); El Oued el-Abiodh (la rivière blanche); etc. Cette langue est assez connue pour qu'il nous soit inutile d'insister.

Il faut se garder de confondre avec ces noms ceux qui affectent une forme arabe, mais sans nous présenter de sens intelligible et sans pouvoir se rattacher à aucun radical arabe connu. Tels sont Biskra, Ghasira, Medrona, etc. Cette apparence arabe, le plus souvent simplement caractérisée par un t final, masque une forme plus ancienne et véritablement indigène, que les habitants du pays n'emploient qu'entre eux, réservant l'autre pour les étrangers, Arabes ou Européens. C'est ainsi que Biskra correspond chez eux à Biskert; Medrona à Hamdrount. On voit par ces exemples que le t arabe représente la caractéristique berbère & / th du féminin. Cependant il n'en est pas toujours ainsi : Ghasira correspond à Ighasiren.

D'autres fois, et c'est le cas le plus fréquent, un mot arabe est accolé à un vocable étranger. Ainsi Aïn Tamellalt, Djebel Bou Ighial, Theniet Tisiouanin, etc. Quelquefois les deux noms, arabe et indigène, ne sont que la traduction l'un de l'autre, comme dans Oued Souf, Djebel Taourirt. On trouve même sur nos cartes de triples superpositions d'un même sens : source d'Aïn Thala.

Tel est, sommairement exposé, le contingent fourni par la langue arabe à la toponymie locale.

Ce contingent peut paraître considérable : il l'est moins cependant qu'on pourrait le croire. Chaque fois qu'ils s'adressent à des étrangers, les indigènes s'efforcent de caser dans leurs discours le plus grand nombre de mots arabes possible. Croyant ainsi nous être agréables en nous rendant leurs paroles plus facilement intelligibles. Lorsqu'ils s'agit de toponymie, il leur arrive même fréquemment de traduire d'une manière complète le vocable indigène en un ou plusieurs mots arabes correspondants : c'est ainsi que Souf Amellal devient l'Oued El-Abiodh. D'où une dualité dans un grand nombre de désignations locales; d'où encore ce fait, que la carte peut nous paraître surchargée de dénominations arabes, alors qu'à côté et indépendamment de cette toponymie il en existe une autre : c'est celle que nous avons l'intention d'étudier ici. Son caractère berbère est indiscutable et, le plus souvent ne laisse prise à aucun doute. Ce sont bien les mêmes noms que l'on retrouve en Kabylie, dans l'Ouarsenis, au Maroc, dans le Touat et le Sahara central, jusque sur les bords du Niger et jusqu'aux rives du Nil. Quels sont les principaux caractères de cette toponymie ?

En berbère, comme en arabe, les noms de lieu sont du genre féminin. Cette forme est caractérisée :

Au singulier, par l'addition d'un th - & (ou t - t ) au commencement ou à la fin du mot, souvent à l'un et à l'autre. Ex. Thaderr'alt -&aderualt-, village de la fraction de R'asira; Aïn Taber'a, source de l'Ahmar Khaddou; Djebel Tafrent, montagne de l'Ahmar Khaddou, du Dj. Chechar, etc.

Au pluriel, par le ti (ti) ou thi (&i) et la terminaison in (in). Ex. Theniet Thizouggar'in - &niyet &izuga$in (col Bi Bou Slimane); Djebel Thir'ardin - adrar &i$ardin (Dj. Chechar); H'akliath en tir'animin - haqlia& n ti$animin (village de Ouled Daoud - Aith daoud); Djebel Bou Telar'min - Jbel bu tela$min, montagne de Oued Abdi, etc.

Nous ne voulons pas multiplier les exemples, qu'on trouve en assez grand nombre ci-après, dans notre vocabulaire. Mais il importe de remarquer que telle est la caractéristique générale des noms de lieu berbères, le critérium qui permettre, trois fois sur quatre, de les reconnaître. Voyons maintenant quelle est la limite de cette règle et quelles sont les exceptions.

  1. Il y a d'abord toute une catégorie de noms géographiques dont nous n'avons pas voulu parler, parce qu'ils ne sont pas, à vraiment dire, des noms propres. Ce sont les termes d'un usage très général qui servent à désigner les accidents de terrain, les cours d'eau, etc., véritables noms communs qui se trouvent disséminés, et toujours les mêmes sur toute l'étendue de l'Afrique du Nord, tels que Ad'rar - adrar (montagne), Ourir - urir (colline), Ikhf - ixf (pic -propr. tête), Ich - ic (pic, -propr. corne), Thizi - &izi (col), Ir'zer - i$zer (rivière), Thit' - &ip ( source), etc. Comme on le voit, peu de ces noms présentent les caractères du féminin. Quelques-uns dont le sens s'est spécialisé dans une localité, ou a été mal interprété par des populations étrangères qui sont venues s'implanter dans le pays, sont devenus de véritables noms propres. Ex. Ich, qçar du sud oranais; Ad'rar, nom d'une région montagneuse du nord du Sénégal. Plus souvent, ils entrent dans la composition de noms propres. Ex. : Ich em oul - ic m ul " la corne du coeur " (montagne des Oued Daoud); Ras Taourirt, montagne des Bi Bou Slimane.

    Ces noms communs sont trop connus pour qu'il nous soit nécessaire d'insister. il en est un cependant qui nous paraît mériter une mention spéciale, c'est le radical OUR - or, que l'on retrouve précédé de la formation -m - m dans le mot Thamourth - &amur&, mot généralement usité dans tous les dialectes berbères pour désigner la terre, le pays. C'est dans la même racine qu'il faut chercher l'origine du kabyle ourthou " verger " . Enfin elle entre dans la composition d'un certain nombre de noms propres : Ourmellal - urmelal (" la terre blanche ", Dj. Chechar); Ouarsenis - uarsenis, composé de our et de la racine SNS que l'on retrouve chez les Beni Snous et peut-être Ouargla (our-Djelan).
  2. Un assez grand nombre de noms géographiques affectent la terminaison ou : oued Agardou, rivière du Dj. Chechar; Djebel Galat'ou, montagne de Bi Bou Slimane; Mellagou, plaine et rivière des Bi Oudjana, etc. Bien peu de ces substantifs peuvent être rattachés à des racines encore en usage, ce qui porterait à leur attribuer une certaine ancienneté. Cependant cette terminaison est tellement dans le génie de la langue berbère, qu'elle s'applique encore de nos jours à des noms arabes. Ainsi Aqbou n'est qu'une altération de l'arabe (quba - dôme).
  3. Font encore exception à la règle, les noms géographiques formés à l'aide de noms d'hommes. Ex.: Aïn Oubezza " la fontaine de Bezza "; Ras Babar " le sommet de Babar "; Hizi en Ferkous " le col de Ferkous ". Cependant le nombre des désignations ainsi formées est assez restreint, et l'on doit admettre les explications fournies à cet égard par les indigènes qu'avec une grande prudence. Ceux-ci restent rarement à court lorsqu'on les interroge sur une étymologie, et s'empressent de l'expliquer avec un nom propre lorsqu'ils ne trouvent rien de plus plausible.
  4. Certains noms de lieux empruntés aux plantes, tels que Aïn Ourmes " la fontaine du guet'af " (atriplex halimus, ar. gt'af); Ideles (dans le Sahara central), le diss, ampelodesmos tenax; Aïn Leblabin " la fontaine des lierres ". Il est à remarquer que le nom de la plante mis au féminin désigne l'endroit où cette plante croît en abondance, comme chez nous les mots palmeraie, saussaie, olivette, désignent les lieux complantés de palmiers, de saules, d' oliviers. Ex.: Thizi en taremmast - &izi n taremast " le col où pousse le guet'af ". D'autres fois, le féminin sert à désigner simplement un seul individu de l'espèce. Ex.: Qçar Tarmount " le qçar du grenadier ".
  5. Enfin certains noms géographiques empruntés aux couleurs rejettent la forme féminine. Le plus souvent, les noms de couleurs remplissent le rôle d'adjectifs et s'accordent en genre et en nombre avec les noms auxquels ils se rapportent. Ex.: Souf Amellal - sof amelal (en ara. Oued El-Abiodh) " la rivière blanche " "; Aïn Tamellalt " la source blanche "; et hors de l'Aurès: Oullan melloulin - olan melolin " les sources blanches " (dans l'Adrar Ahnet); Ad'rar Set't'ouf - adrar sepuof " la montagne noire (près du Cap Blanc). Quand le nom de couleur est exprimé seul, tant au singulier qu'au pluriel, il est toujours du féminin. Ex.: Thizouggar'in - &izuga$in " les rouges "; Tamellalt " la blanche ", etc.

Notons pour terminer que certains noms présentent les caractéristiques du féminin berbère, alors qu'eux-mêmes sont étrangers, le plus souvent arabes. Le contact des deux langues est si intime depuis des siècles, qu'il s'est produit une sorte de pénétration réciproque; et, de même que les radicaux berbères ont revêtu une forme arabe, on trouve des mots purement arabes encadrés dans les désinences du berbère. Ex.: Takroumt, village de Oued Abdi, berbérisation de l'arabe krouma " la nuque " ; Thizi n tmesloukht " le col de l'écorchée ", en arabe lmesloukh ; Tifert'asin, pluriel féminin berbère de l'arabe fertass " chauve ", etc.

Nous devons reconnaître qu'il y a un assez grand nombre de noms locaux qui n'entrent dans aucune des catégories ci-dessus énumérées et n'offrent en berbère aucune signification plausible. Il faut en conclure qu'ils se rattachent à un radical dont la signification s'est perdue, ou qu'ils ont subi eux-mêmes des modifications assez importantes pour rendre leur origine difficile à reconnaître. mais on est en droit de se demander également s'ils ne proviennent pas d'une langue étrangère au berbère, s'ils ne représentent pas les vestiges d'une toponymie antérieure à la toponymie actuelle. Cette question nous amène naturellement à traiter des noms géographiques de l'antiquité qui sont parvenus jusqu'à nous.

Nous avons déjà dit plus haut que les Latins n'avaient implanté dans l'Afrique du Nord qu'un nombre relativement restreint de termes géographiques. Dans la grande majorité des cas, ils se sont contentés de latiniser des noms préexistants.

Quels pouvaient être ces noms? Les Carthaginois possédant de nombreux comptoirs sur le littoral et dans la Tunisie actuelle, il est possible, probable même qu'un certain nombre soient d'origine punique. Gesenius a donné ainsi un nombre considérable d'étymologies tirées de la langue phénicienne . Hâtons-nous d'ajouter que très peu, d'ailleurs , sont acceptables. Et puis l'occupation carthaginoise a été restreinte à quelques points du littoral et à une bande de terre en Tunisie qui est devenue ensuite la province romaine de l'Afrique propre. Il est donc peu probable que des points situés assez avant dans l'intérieur aient jamais porté un nom punique. Il est vrai que la langue phénicienne était fort répandue dans le pays, où elle a progressé même sous la domination romaine. Les nombreuses stèles puniques découvertes dans ces dernières années en sont un éclatant témoignage; mais nous doutons fort que cette langue soit jamais arrivée jusqu'à l'Aurès, j'entends à être parlée et comprise du peuple, comme il est nécessaire pour qu'elle ait pu former une toponymie.

En règle générale, ce n'est donc pas dans la langue punique que nous chercherons l'étymologie des anciens noms géographiques. A priori, nous sommes en droit de supposer que ces noms sont berbères, puisque la race berbère couvrait l'Afrique du Nord depuis les temps les plus reculés de l'histoire; et comme, d'autre part, nous avons des raisons de croire que la langue berbère a varié relativement peu depuis l'antiquité, il importe de rechercher si les règles rapidement esquissées ci-dessus peuvent se vérifier sur les noms qui ont été légués par les auteurs anciens ou les inscriptions.

Or nous ne tardons pas à reconnaître qu'un grand nombre de ces noms présentent la caractéristique du féminin berbère : Thagaste, Thala, Thapsus, Tingis " Tanger ", Thysdrus " El Djem ", Tacape, Thamugadi, Tipaza, et combien d'autres . Une particularité qui se présente dans un certain nombre de dialectes berbères de ,nos jours consiste à substituer dans certains cas au th initial une légère aspiration ; on a même voulu y voir un signe d'usure propre à des dialectes en voie de décomposition. Or le même fait se produisait dès l'antiquité, puisque nous voyons exister concurremment les formes Tacape et Cape, Tamazaco et Mazaco, Thelepte et Leptis, de même que de nos jours on dit Hizougar'in pour Thizougar'in.

Quelquefois même le nom actuel n'est autre que le nom berbère antique arabisé par la terminaison en t. Ex. : Tebessa qui correspond à l'antique Theveste, mot qui devait se prononcer Thebbest .

Le pluriel en en (en), in (in), semble plus rare. On peut le voir dans le noms des îles Kerkinna, dans Katennae 'Tenès "; mais il est probable que ces deux noms sont d'origine phénicienne. Cependant on retrouve bien le pluriel berbère dans le nom des Causini, en grec Kansini, peuple de la Maurétanie tingitane que Ptolémée place entre les Salinses et les Bakouates; dans celui des Biliani, tribu de la Maurétanie césarienne, et dans beaucoup d'autres ethniques. Enfin tous les noms en aï, eï, tels que Bar'aï, Thabudeï , sont des pluriels infidèlement transcrits dans la langue des vainqueurs. Quelquefois le nom antique nous révèle la véritable prononciation berbère que le sauteurs arabes nous ont transmise altérée. C'est ainsi qu'une inscription découverte au col de Fdoulès et publiée par la Société archéologique de Constantine nous donne le nom de Ucutaman gens; il s'agit évidemment de la grande tribu berbère des Ketama d'Ibn Khaldoun, dont le vrai nom devait être : Ikutamen.

Nous avons noté parmi les exceptions à la règle du féminin les noms à déterminaison -ou. Cette finale a également existé dans l'antiquité, où nous la retrouvons dans Simittu (Chemtou), Chulllu (Collo), etc. De même qu'elle s'applique actuellement à des mots d'origine arabe, comme Aqbou, elle paraît s'être ajoutée, dans l'antiquité, à des vocables d'origine phénicienne comme Rusucurru (Dellys).

Telles sont les remarques générales qu'ils nous est donné de faire sur la toponymie ancienne. Il en ressort la confirmation éclatante du fait que nous avons énoncé plus haut , à savoir que cette toponymie est berbère, presque exclusivement berbère. Le temps nous manque pour entreprendre maintenant une étude détaillée des noms que l'antiquité nous a laissés; d'ailleurs une pareille étude n'ajouterait rien aux résultats généraux indiqués ci-dessus et aboutirait, les trois quarts du temps, à des étymologies hasardeuses. M. Vivien de Saint-Martin a déjà une série d'identifications de noms modernes avec les désignations anciennes, identifications pour la plupart très ingénieuses.

En ce qui concerne l'Aurès dans l'antiquité, nous possédons très peu de renseignements, et un très petit nombre de désignation anciennes sont parvenues jusqu'à nous. Les indigènes ont dû subir une certaine empreinte latine dont ils n'ont pas absolument perdu le souvenir ; mais la véritable colonisation romaine s'arrêtait à cette ligne de villes et de postes bordaient la plaine de Lambèse à Khenchela. Le gros massif de l'Aurès, comme celui de la Kabylie, est resté en dehors du mouvement qui romanisait l'Afrique. C'est ce qui explique pourquoi les noms antiques qui ont pu être reconstitués sont si peu nombreux. En voici les principaux :
- Lambessa (Lambèse). on a beaucoup discuté sur le sens de ce préfixe Lam- que l'on retrouve dans un si grand nombre de noms topiques . La signification n'en est pas encore déterminée d'une façon certaine. Quant au b, que l'on retrouve dans lambdia, Lambafudi, nous croyons qu'il provient tout simplement d'un redoublement de l'm. Il est possible que la véritable prononciation du mot ait été Thalemmast - &alemast. Chaouïa alemmas " le milieu " (?).

- Thamugadi - &amugadi. Faut-il rattacher ce mot à la racine ougged " craindre ". Thamugadi serait alors une sorte de " pays de la peur "?

- Baghaï ou Bar'aï - ba$ay. Ce mot est évidemment le pluriel de taber'a " ronce ", très usité actuellement dans l'Aurès, où l'on trouve une source qui porte de nom d'Aïn Tarber'a. Le pluriel est thibr'aïn - &ibrain .
- Zerboulè, Toumer, Petra Geminiana, toutes localités de l'Aurès oriental, ont fait l'objet d'une étude approfondie de M. le commandant Rinn , qui a cherché avec assez de sagacité à les identifier à des localités actuelles correspondantes.
- Biscera, actuellement Biskra. Le nom berbère Biskhert - bisxert nous paraît représenter avec assez d'exactitude la prononciation du nom ancien ainsi que le prouve l'adjectif Vesceritanus qui en est tiré. Ptolémée dit Oueskether, par métathèse du th et de l'r






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